07/07/2018 : Veillée de prière par des étudiants du groupe FRASSATI


SOIREE DE LOUANGE/PIECE DE THEATRE,

présentés par lesrandonneurs du groupe Frassati,
pastorale des Jeunes
Sur les pas de Marcel CALLO et de Pier Giorgio FRASSATI

Renseignements : Loïc MOLINA (06.72.83.14.09)
loicmolina1102@gmail.com


 
 
 



Portrait de Pier Giorgio Frassati (1901-1925)
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LE CHRIST, JOIE DES JEUNES
(Texte tiré du livre La Sainteté au défi de l’Histoire, Portrait de six témoins pour le IIIe millénaire, par S.E. Le Cardinal Paul POUPARD, Presses de la Renaissance, Paris 2003.)
COMBIEN DE SAINTS PARMI LES JEUNES !
Nous avons tous, pour les plus anciens d’entre nous, dans la mémoire des yeux, et, pour les plus jeunes, dans la mémoire des cœurs, le jeune Pape Jean-Paul II au milieu des jeunes à Paris, le 1er juin 1980 au Parc des Princes, vingt ans plus tard, en août 1997, du champ de Mars à l’Hippodrome de Longchamp, puis de nouveau en août, cette fois pour le Grand Jubilé de l’an 2000, à Tor Vergata, à Rome, et l’an dernier, du 21 au 28 juillet, à Toronto. S’adressant à eux, le «vieux pape», comme il s’est appelé lui-même, leur dit :
«Très chers jeunes, vous êtes les sentinelles du matin, à l’aube du IIIe millénaire, suivez les témoins et les maîtres qui vous ont précédés. « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. » (Mt 5, 13-14) De même que le sel donne la saveur aux aliments et que la lumière éclaire les ténèbres, de même la sainteté donne le sens plénier de la vie, en en faisant un reflet de la gloire de Dieu. Combien de saints, même parmi les jeunes, compte l’histoire de l’Église! Dans leur amour pour Dieu, ils ont fait resplendir leurs vertus héroïques à la face du monde, devenant des modèles de vie que l’Église a présentés en vue de leur imitation par tous. Parmi eux, il suffit de rappeler: Agnès de Rome, André de Phú Yên, Pedro Calungsod, Joséphine Bakhita, Thérèse de Lisieux, Pier Giorgio Frassati, Marcel Callo, Francisco Castelló Aleu, ou encore Kateri Tekakwitha, la jeune Iroquoise appelée « le lys des Mohawks ». Chers jeunes, par l’intercession de cette foule immense de témoins, je prie le Dieu trois fois saint de vous rendre saints, les saints du IIIe millénaire1
La sainteté au fil de l’Histoire: le père de l’Europe, la mère des pauvres, la sainteté de l’intelligence, le chemin de la liberté, la joie des jeunes. Parmi les saintes que Jean-Paul II proposait aux jeunes à Toronto comme modèles de vie, avec Joséphine Bakhita que nous avons suivie avec émerveillement dimanche dernier, de la servitude de l’esclavage à la liberté de la vocation baptismale et religieuse, la Canadienne Kateri Tekakwitha et la petite Normande Thérèse de Lisieux qui nous a ouvert sa petite voie d’amour dans une confiance inépuisable en Dieu, au milieu même des doutes et des souffrances, l’une et l’autre mortes à vingt-quatre ans, Kateri en 1680 et Thérèse en 1897. Plus proche de nous, le Rennais Marcel Callo, mort en jociste enrôlé dans la STO, (le Service du travail obligatoire en Allemagne pour les jeunes de la France occupée par les nazis lors de la dernière guerre mondiale).
TRÈS PROCHE DE NOUS
Pier Giorgio Frassati nous parle aujourd’hui. J’étais invité, le 18 août dernier, à fêter dans la maison de famille de Pollone, avec ses enfants Nella, Wanda, alfi, Giovanna, Grazia et JaŚ, les cent ans de sa sœur bien-aimée, Luciana Frassati-Gawrońska, qui m’honore de son amitié. C’est dire combien nous sommes proches de Pier Giorgio Frassati, un jeune de notre temps qui nous entraîne avec entrain vers le Christ, source de notre joie et chemin de sainteté. Pier Giorgio Frassati, né à Turin en 1901 d’une famille de la bourgeoisie piémontoise, effectue des études d’ingénieur, s’inscrit au Parti populaire, à Pax Romana, l’association des universitaires catholiques, et à la Conférence de saint Vincent de Paul. Il meurt tout jeune encore, à vingt-quatre ans, en 1925, d’une crise foudroyante de poliomyélite aiguë. Formé par l’Action catholique italienne, il aime les courses en montagne où il entraîne avec enthousiasme d’autres jeunes comme lui, car il suscite partout autour de lui l’amitié des garçons et des filles qu’il rencontre. C’est avec des amis et pour eux qu’il organise, chaque fois qu’il le peut, de grandes courses en montagne, qui sont toujours autant de grands moments de méditation et de prière. Itinéraire spirituel de montée, conjoint avec l’effort physique, les obstacles difficiles à franchir vers la joie des sommets où la découverte émerveillée de la beauté de la création conduit à l’adoration aimante du créateur. Quand il a gagné le sommet, il invite ses compagnons de cordée à réciter avec lui le Magnificat.
Sa sœur Luciana, d’un an sa cadette, aujourd’hui centenaire, je l’ai déjà dit, nous a laissé de lui, sous le titre Pier Giorgio Frassati. Les Jours de sa vie
2, un portrait émouvant de sincérité et dépourvu d’enflure. Je lui emprunte avec gratitude le plus clair de ce portrait de son frère bien-aimé. Luciana nous restitue sans complaisance aucune le climat décidément morose – et il en souffre, comme beaucoup de jeunes aujourd’hui – des tristes réunions de famille de leur enfance piémontaise, entre un père conscient de son importance sociale, obstiné et autoritaire – «comme peuvent l’être, écrit-elle, beaucoup de ces Piémontais qu’on taxe de libéralisme»–, dont l’athéisme corrosif l’empêche de comprendre la foi ardente de son fils, et une mère qui n’aspire qu’à une seule chose: se consacrer à la peinture qui la console de ses désillusions conjugales. La mésentente chronique des parents, une vie faite d’interdits et d’isolement, l’agnosticisme du père et la foi imposée du côté maternel et réduite à l’observation scrupuleuse et formelle de quelques règles, rien vraiment ne prédispose le jeune Pier Giorgio à devenir un garçon pieux et charitable. Bien plus, ce jeune garçon est davantage porté à la fantaisie qu’aux études, et il ne cesse d’être rabroué par son père, Alfredo, un notable qui ne voit en lui que le successeur tout désigné à prendre sa suite comme directeur de ce prestigieux journal libéral turinois qu’il a fondé, La Stampa. Il le tient pour un enfant incapable de tout, même tout simplement de ranger ses livres et d’écrire avec ordre, coupable par surcroît d’être, avec sa sœur bien- aimée, sans cesse recalé aux examens scolaires.
Cette enfance austère et cette éducation à la dure trouvent un exutoire dans la montagne où Pier Giorgio se forge une force de caractère exceptionnelle, une volonté ardente de se maîtriser et de se surmonter. Et, très tôt, grandissent également en lui son amour de Dieu et l’amour de son prochain. Il n’avait pas onze ans, et déjà son esprit était tourmenté par la misère qu’il rencontrait et contre laquelle il tentait de lutter, brisant sa tirelire pour donner aux pauvres ses maigres étrennes, récupérant du papier argenté et des timbres pour les missionnaires, comme je l’ai fait moi-même en mon enfance angevine. Tout petit, alors qu’un pauvre ouvrier sonne à la porte de l’appartement bourgeois du sénateur piémontais, et que son père le met dehors parce qu’il sent l’alcool, Pier Giorgio, désespéré, se met à crier : «C’est peut-être Jésus qui nous l’envoie !» À l’école des Jésuites, il vivifie sa foi et fortifie son esprit de charité qu’il nourrit de l’eucharistie quotidienne fréquentée avec ferveur. « Mon père humiliait souvent Pier Giorgio de ses remarques désobligeantes, proférées sur un ton glacial et agressif, nous confie sa sœur Luciana, et, le taxant d’imbécillité, éprouvait face à lui cette inexplicable sujétion que l’homme qui a vécu ressent devant l’homme pur.».
ÂME DE PRIÈRE
«À 16 ans, raconte-t-elle, il s’endort en priant et se lève tôt pour pouvoir prier.» Prier est comme la respiration naturelle de ses journées. Il y trouve l’antidote à l’atmosphère étouffante de sa famille, et le ressort de son action inlassable au service des pauvres, menée avec amour. Par amour de Celui qui est l’Amour. Car, pour beaucoup aimer, il faut beaucoup prier, l’amour n’est-il pas un don de Dieu, qui est l’amour même et la source inépuisable de tout amour ?
Seigneur, vous êtes l’amour. Seigneur, faites que je voie les choses à faire, sans oublier les personnes à aimer, sans oublier les choses à faire. Faites que je voie les vrais besoins des autres. C’est si difficile de ne pas vouloir à la place des autres, de ne pas répondre à la place des autres, de ne pas décider à la place des autres.
C’est si difficile, Seigneur, de ne pas prendre ses désirs pour les désirs des autres, de comprendre les désirs des autres quand ils sont si différents des nôtres. Seigneur, faites que je voie ce que vous attendez de moi parmi les autres… Enracinez au plus profond de mon être cette certitude : «On ne fait pas le bonheur des autres sans eux.» Seigneur, apprenez-moi à faire les choses en aimant les personnes, apprenez-moi à aimer les personnes pour ne trouver ma joie qu’en faisant quelque chose pour elles, et qu’un jour elles sachent que Vous seul, Seigneur, êtes l’Amour. (Norbert SEGARD, ancien ministre)
La prière de Pier Giorgio, c’est, comme celle de sa petite contemporaine Thérèse de l’Enfant Jésus : «Un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour, au sein de l’épreuve comme au sein de la joie. Enfin, c’est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus.»
La prière de Pier Giorgio, c’est aussi la prière de l’alpiniste : 
Notre Père qui es aux Cieux, Tu fais de nous des alpinistes. Escalader une montagne, c’est rarement facile : ce n’est pas toujours du premier coup que l’on trouve la bonne voie.
Heureusement, les compagnons de cordée, ceux qui sont devant mais aussi ceux qui sont derrière, sont là pour nous soutenir.
Au bout d’un moment, on est en haut de la paroi et on s’aperçoit que l’on n’est pas encore arrivé Car, au-dessus, il y a un autre sommet qu’on ne voyait pas quand on était en bas. C’est l’occasion de faire une pause, de contempler le paysage, de regarder le chemin parcouru. C’est aussi là qu’on reprend des forces, qu’on s’encourage à continuer à aller plus haut, toujours plus haut, beaucoup plus haut qu’on ne l’aurait imaginé au départ…
Notre Père qui est aux Cieux, pardonne-moi d’oublier qu’il y a parfois des imprudences, qu’on est mal assuré, ou qu’on assure mal les autres, et que ça entame la confiance entre nous.
Pardonne-nous d’avancer parfois trop vite, parce qu’on est dans un passage facile, mais trop vite, parce qu’on ne voit pas les autres qui, derrière, sont bloqués. Pardonne-nous d’oublier parfois que tu es un des compagnons de cordée, semblable et différent, mais tu es là…
Notre Père qui es aux cieux, aide-nous dans cette ascension ; on ne te demande pas d’éliminer les obstacles, mais plutôt de nous aider à les dépasser, à nous dépasser, à vouloir toujours aller plus haut…
Et surtout, surtout, nous souvenir que même si un jour on est arrivé en haut de la plus haute montagne qui existe sur terre, on n’aura pas atteint le ciel, on ne l’aura pas même touché.
À l’étape de nuit au refuge montagnard, alors que ses compagnons recrus de fatigue s’allongent pour dormir sur leurs couchettes, Pier Giorgio les secoue avec peine: «Maintenant, récitons le rosaire ! »
Ses élans spontanés le portent au sacerdoce, mais il perçoit l’hostilité décisive de sa mère et y renonce pour une vie de laïc chrétien engagé en plein monde. En même temps, s’affirme toujours davantage son amour des pauvres qui le conduit à s’inscrire au Parti populaire que vient de fonder Don Sturzo et dont le programme social s’inspire de l’encyclique Rerum novarum du Pape Léon XIII, c’est-à-dire en opposition directe aux idées politiques de sa famille libérale. Ce choix délibéré et courageux est celui d’un jeune qui ne craint pas de s’affirmer au rebours de ses parents. Il atteste la profondeur de ses convictions de fervent catholique et la force de son caractère indomptable, alors que catholiques et libéraux au Piémont se trouvaient chacun du côté opposé de la barricade. En 1918, il devient membre actif de la Conférence de saint Vincent de Paul et prend soin des soldats démunis au sortir de la guerre.
«J’AIMAIS LE SUCCÈS»
C’est ce que nous confie sa sœur avec une simplicité désarmante, et lui, la pauvreté. Sa mère le juge d’une intelligence médiocre, d’un esprit confus et distrait. Son père lui reproche de vivre au jour le jour avec l’insouciance d’un écervelé quelconque qui perd son temps. L’un et l’autre le considèrent comme un raté et ils se désolent – alors que son père est devenu ambassadeur en Allemagne – qu’il ne s’intéresse pas à la vie mondaine de l’ambassade à Berlin, pas plus qu’au prestigieux quotidien piémontais La Stampa, dont il est naturellement appelé à prendre un jour la direction, après son père.
«Que pouvait attendre en effet, écrit sa sœur Luciana, le sénateur Frassati, ambassadeur du roi d’Italie et propriétaire de La Stampa, d’un fils qui emportait les fleurs des pièces de réception pour fleurir les cercueils des pauvres gens ?»
Hôte de la famille du théologien Karl Rahner, Pier Giorgio est en même temps fortement marqué par le P. Sonnenschein, appelé le « saint François de Berlin ». À la fin de l’année 1921, il s’engage dans un apostolat au service des déshérités dont il se sent de plus en plus proche. Sa sœur, grisée par une vie diplomatique brillante qui la tire comme, par enchantement, de l’existence grise de Turin, ignorait tout de son action en faveur des déshérités et de son catholicisme militant.
«Je ne savais rien, nous confie-t-elle, des fréquentes réunions, des visites aux pauvres, et des secours destinés à cette multitude de gens réduits, à cause de la guerre, à la déchéance, ou jetés sur le pavé avec la chute du mark. Tout ce que mon frère réussissait à économiser ou à soustraire à la table de l’ambassade, il le répartissait entre ses protégés. Il allait d’un taudis à un autre, revenait en courant, avalait un café et filait dans un hôpital. Le soir, enfin, il rentrait, épuisé, mais satisfait.»
L’année 1922 voit la montée de la peste brune, la marche sur Rome de Benito Mussolini et la prise du pouvoir par les fascistes. Pier Giorgio, en fidèle catholique militant, s’oppose de toutes ses forces et avec un courage décidé aux chemises noires qui brocardent les processions religieuses et insultent les fidèles. Il chante et prie à voix haute avec les fucini, les étudiants membres de la Fédération universitaire catholique italienne. Défendant avec eux la bannière de son cercle d’étudiants de la FUCI (Fédération des universitaires catholiques italiens, ndlr), il est «cueilli» avec eux par la police musclée et jeté dans les prisons d’État, où il récite avec eux le Rosaire, et proteste avec énergie contre les méthodes inhumaines des policiers. Et c’est seulement après avoir été tabassé qu’il révèle son identité de fils de sénateur, pour avoir la possibilité de se justifier lui-même, dans la foi au Christ qu’il professe avec ses compagnons. Il ne craint pas de se manifester comme un étudiant chrétien, catholique, dans l’université qui est alors anticléricale et il participe avec ardeur au congrès de la jeunesse catholique.

PIER GIORGIO, UN DOUX RÊVEUR ?
«La charité ne suffit pas, disait-il. Il faut des réformes sociales.» Il met son espoir dans un gouvernement de coalition entre parti populaire catholique et parti socialiste pour barrer la route au fascisme, pour mettre enfin un terme, comme il l’écrit à un ami, «à ce scandale intolérable que constitue le mot fasciste». Hors de lui, le 28 octobre 1922, alors que la marche sur Rome marque l’accession au pouvoir du Duce, et entraîne la démission de son père de son poste d’ambassadeur à Berlin, il affirme avec force que le christianisme, religion d’amour, ne peut, en aucun cas s’allier, avec le fascisme, fruit d’une doctrine qui exalte la force et la violence. Et il ne cache pas son indignation devant la compromission dont fait preuve alors le parti chrétien qui avait au contraire le grave devoir de s’y opposer : «Qu’est devenue la foi qui anime nos compagnons ? Malheureusement, quand il s’agit de se lancer dans la course aux honneurs, les hommes en arrivent à piétiner leur conscience. Quant à moi, je me dis qu’il vaut mieux être seul, la conscience en paix, si une alliance avec d’autres doit nous inspirer de terribles remords.» Pier Giorgio est profondément peiné et addolori (littéralement : cela me fait mal) de voir des hommes qu’il avait respectés s’allier avec les fascistes qu’il appelle tout simplement, sans aucune précaution de langage, «la canaille».
Il revêt le scapulaire du tiers ordre dominicain et prend significativement le nom de Frère Jérôme, en hommage au moine Jérôme Savonarole. Admirateur fervent de ce moine florentin, ardent prédicateur contre les mœurs corrompues de son temps, mort saintement sur le bûcher, il écrit à son ami Antonio Villani qui veut suivre son exemple: «J’ai voulu le prendre pour modèle quand je me suis fait tertiaire, mais je suis bien loin de lui ressembler». Le choix de Pier Giorgio révèle son idéal de purification sociale et de renouveau politique, en même temps que son inscription à la Conférence de saint Vincent de Paul du cercle Cesare Balbo atteste son souci de servir les pauvres. Après ses études au collège des jésuites, où il s’inscrit à la Congrégation mariale et à l’apostolat de la prière, il entre à l’École polytechnique de Turin : «Je veux être un ingénieur des mines, écrit-il à un ami, pour pouvoir mieux servir le Christ parmi les pauvres.»
Ce fils de grand bourgeois considère comme absolument étrangère la fortune paternelle et il ne cesse de distribuer, dans les quartiers de la banlieue turinoise, comme naguère à Berlin, les quelques lires que sa mère lui offre de temps en temps.
«Je vois briller autour de ces êtres misérables et défavorisés une lumière que nous n’avons pas», confie-t-il à un compagnon. Les malades du Cottolengo et les vieillards qu’il visite dans les hospices trouvent en lui cette lumière qu’il voit en eux et cette joie de croire qu’il irradie, fruit lumineux d’une foi intensément vécue dans l’incompréhension totale de l’athéisme de son père libéral et de la religion typiquement formaliste de sa lignée maternelle.

PUISSANCE DE LA FOI
Je le dis aux jeunes qui m’écoutent. Ne croyez pas que pour Pier Giorgio cet engagement résolu au service des pauvres va de soi, comme par enchantement, bien au contraire. Il vit, comme l’apôtre Paul, de sa foi dans le Seigneur : «Ma grâce te suffit, car ma force se déploie dans la faiblesse3
C’est la puissance de la foi qui, dans sa faiblesse, tire tout de la force de Dieu. Écoutons cette admirable confidence de Pier Giorgio, qui nous éclaire sur le secret de sa vie intime : «Vivre chrétiennement est un renoncement et un sacrifice continuel, qui, pourtant, ne pèse pas, si on pense que ces quelques années passées dans la douleur comptent bien peu au regard de l’éternité, où la joie n’aura ni limite ni fin et où nous jouirons d’une paix impossible à imaginer. Il faut s’agripper fortement à la foi. Sans elle, que vaudrait toute notre vie ? Rien, nous aurions vécu inutilement. La foi qui m’a été donnée au baptême me suggère d’une voix douce : « Par toi-même, tu ne feras rien. Mais si tu prends Dieu pour centre de toutes tes actions, alors, tu arriveras au but ».
«Ce qui caractérisait sa foi, témoigne sa sœur Luciana, c’était sa complète et absolue confiance dans la prière. Il ne cessait, dans ses lettres, de promettre à ses correspondants de prier pour eux et de leur demander en retour de prier pour lui.»
«Je te demande, écrit-il, de prier souvent pour moi, parce que j’en ai vraiment besoin, pour recevoir du Seigneur la grâce de mener à bien mes projets. Seules les prières peuvent obtenir de Dieu les progrès souhaitables. La prière dissipe les brouillards, transmue les difficultés, éclaire la route et trace le chemin. Et la foi qui s’épanche en prière se nourrit de l’eucharistie parce que Jésus-Christ a promis à ceux qui mangent la sainte Eucharistie la vie éternelle et la grâce nécessaire pour l’obtenir. Quand vous serez entièrement consumés par ce feu eucharistique, alors vous pourrez, en pleine conscience, remercier Dieu qui vous a appelés à faire partie de sa légion, et vous goûterez une paix que les gens heureux ici-bas n’ont jamais connue. Car le véritable bonheur ne réside pas dans les plaisirs de ce monde ni dans les choses terrestres, mais dans la paix de la conscience. Elle n’est donnée qu’à ceux qui ont un cœur et un esprit purs.»
C’est le témoignage remarquable de Pier Giorgio qui frappe tous ceux qui l’entourent, en particulier le réseau d’amis qu’il entraîne avec lui dans ses équipées vers les cimes alpines. Pier Giorgio rayonne la joie d’un cœur pur: «Un saint triste est un triste saint», a-t-on coutume de dire. Ce n’est pas le cas du jeune Piémontais, facétieux à souhait, infatigable animateur de chahuts d’étudiants, et fondateur d’une compagnie au nom vraiment peu conventionnel et bien significatif : la «Compagnie des types louches», dont l’activité essentielle, nous dit sa sœur, consistait à jouer des tours, à mettre les lits en portefeuille, à envoyer un bonnet d’âne à une étudiante peu studieuse, à écrire des lettres débordantes de joyeuses plaisanteries, le tout au service de l’apostolat.
«Pour la réussite de cette entreprise, souligne Luciana, il se servit d’un instrument de prédilection, l’allégresse. Elle régnait en maîtresse dans le groupe qui ne connaissait aucune règle, aucun cycle de réunion, mais rassemblait les membres sous le signe magique du rire, en particulier les joyeuses excursions en montagne, dans une complicité fraternelle qui réunit filles et garçons, sans souci du qu’en dira-t-on ».
Nous pouvons l’imaginer, en effet, dans le milieu collet monté de la haute société turinoise de l’époque.

PIER GIORGIO FRASSATI, OU LE GÉNIE DE L’AMITIÉ
Lumière qui ensoleille nos vies, comme le soleil de Chanteclerc, sans qui les choses ne seraient que ce qu’elles sont, l’amitié incomparable, inestimable. Don précieux qui nous préserve de l’égoïsme, tentation tapie au cœur de nos vies, sans cesse renaissante et sans cesse renouvelée, Pier Giorgio Frassati le détient et suscite l’amitié naturellement, car elle découle chez lui d’un sentiment profond, le respect de l’autre qui lui fait considérer en lui le meilleur. La jeunesse est l’âge privilégié de l’amitié, qui partage sans compter dans la gratuité du don et sans retour. Ce fut un grand malheur, naguère, chez nous, de voir encensé par la culture dominante un philosophe qui professait: «L’enfer, c’est les autres». Non. Bien au contraire, l’enfer, c’est l’enfermement dans le cercle carré de la poursuite effrénée de l’intérêt débridé, du plaisir égoïste, de l’avoir possessif, du savoir prétentieux et du pouvoir dominateur. Les autres, ce sont au contraire les étoiles du firmament, les gouttes d’eau de l’océan, dont seule la complémentarité fait la beauté du ciel étoilé et la grandeur de l’immensité océanique. L’amitié nous préserve du repli soupçonneux dans la foule solitaire et nous donne de grandir en humanité, car elle est source de sécurité et de joie, au coeur même de la pire détresse, de l’avilissement même du goulag, Soljenitsyne en témoigne: «Partout où il y a des hommes, même au camp, l’amitié existe… Ce qu’ils possèdent, ils le mettent ensemble, ce qui leur manque, ils le partagent4
Son amie, Clementina Luotto, en témoigne: «Il était la bonté qui nous tenait unis.». Elle évoque la lumière de ses yeux si doux:
«C’étaient des yeux qui conservaient l’innocence de l’enfance et avaient la profondeur d’un regard visionnaire. Qui pourra effacer l’image de son sourire ? Dans le train, près de moi, je croyais qu’il dormait, mais je m’aperçus qu’il disait son chapelet. Il avait des attentions si fraîches, si délicieuses que son visage viril prenait, à certains moments, des expressions d’enfant délicat et rêveur. Il cultivait au plus haut point l’amitié, l’amour fraternel. Quelle merveilleuse jeunesse irradiait de lui et autour de lui ! Elle nous rendait si légers, nous faisait escalader les montagnes avec une telle facilité et nous libérait de toute entrave corporelle ! Comme elle nous rapprochait de Dieu qu’il portait en lui! Qui désormais nous donnera cette joie purificatrice ? Qui pourra renouveler devant nos yeux, mais aussi dans nos cœurs, le miracle de la sainteté heureuse, insouciante, fraîche et aussi désaltérante que l’eau d’une source de montagne ? « J’ai besoin de montagne », disait-il. Oui, il devait s’élever haut, si haut, et sans nous ! Quelle communauté d’esprit et de joie il avait su créer !»
JOIE CHRÉTIENNEMENT ET CHÈREMENT CONQUISE
Comme il le confie dans une lettre à un ami, alors qu’il traverse une période doublement douloureuse : il a dû renoncer à un amour pur et merveilleux pour Laura Hidalgo, une jeune fille toute simple, d’un milieu peu fortuné, que ni sa mère ni son père ne pouvaient comprendre et accepter. Et Luciana, sa sœur et confidente privilégiée, va se marier.
«Ma vie, écrit-il, traverse la période la plus triste d’une grave crise. Cette fois, nous serons séparés, non pour quelques jours, mais pour toute la vie, si bien que je resterai seul. Être seul à la maison, je sais ce que c’est. Gai en apparence, je le serai toujours, fût-ce pour démontrer à mes camarades qui ne partagent pas notre foi, qu’être catholique veut dire être toujours jeune et joyeux. Mais, quand je serai seul, je laisserai libre cours à ma tristesse.»  «Seul, commente sa sœur, il supporta sur ses épaules l’édifice croulant de la famille.»
À sa sœur Luciana, il écrit, le 14 février 1925, quelques mois seulement avant qu’il ne soit emporté par la maladie des innocents, la poliomyélite des enfants :
«Tu me demandes si je suis heureux, et comment pourrait-il en être autrement ? Tant que la foi m’en donnera la force, je serai toujours heureux. Tout catholique ne peut qu’être heureux. La tristesse doit être bannie des cœurs animés par la foi. La douleur n’est pas la tristesse, qui est la pire des affections.»
«Ne sois pas en peine, la vie des hommes de bien est très courte, dit-il, à un ami brisé par la mort de sa sœur. La foi nous donne la force de supporter les épines qui poussent sur le chemin de notre vie.»
À Italo, le chauffeur de son père, il confie : «Je voudrais être vieux pour aller plus vite au Paradis.» Et, le dimanche précédent : «Mieux vaut aller au Paradis que vivre ici-bas, on y est trop mal. Faisons le bien quand il est encore temps.»
SON PROGRAMME : FAIRE LE BIEN
«Jésus me rend visite chaque jour pour la communion, et moi, je la lui rends bien modestement en visitant les pauvres. Je nourris une prédilection particulière pour l’apostolat de la charité. Il n’est rien de plus beau que la charité, comme le dit saint Paul dans son épître aux Corinthiens, chapitre XIII.»
Jésus, aimé et adoré dans l’eucharistie. Jésus, aimé et servi dans les pauvres. C’est bien le même programme de vie que celui de Mère Teresa, nourri, comme elle, de l’Eucharistie quotidienne et de la méditation de la parole de Dieu, source intarissable de joie partagée. Saint Paul est en effet sa première nourriture spirituelle, il le lit constamment, aussi bien dans le tramway que dans la rue. Il y puise la force de ses convictions.
«Seule la foi peut être notre espérance. La seule joie véritable est celle que nous donne la foi, la foi que nous partageons, écrit-il à un ami, et qu’avec l’aide de Dieu je tâcherai de défendre et de soutenir dans ma future vie d’homme.» Cette joie de la foi l’entraîne vers les hauteurs, celles de la montagne comme celles de la vie chrétienne, hors des marécages : «Je désire toujours davantage escalader les monts, gagner les pointes les plus ardues, éprouver cette joie pure que l’on a seulement sur la montagne : à nous, il n’est pas permis de vivoter. Trêve donc à toute mélancolie ! Haut les cœurs et en avant, toujours pour le triomphe du Christ !»
L’HOMME DES HUIT BÉATITUDES
Le Cardinal Karol Wojtyla le proposait déjà comme idéal aux jeunes universitaires de Cracovie, comme il le fera, devenu le pape Jean-Paul II, aux JMJ de Toronto:
«En regardant les photos qui regardent sa vie, nous voyons l’homme des huit Béatitudes, qui porte avec lui la grâce de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle, de la joie du salut offert par le Christ. Un véritable étudiant, un garçon, un jeune homme, votre contemporain, même s’il est d’une autre génération5.
Pier Giorgio Frassati nous montre ce que signifie vraiment pour un jeune laïc donner une réponse concrète au « Viens et suis-moi. » Il suffit de jeter un regard, même bref, sur sa vie, consumée en à peine vingt-quatre ans, pour comprendre comment Pier Giorgio a su répondre à Jésus-Christ : ce fut la réponse d’un jeune « moderne », ouvert aux problèmes de la culture, des sports – un alpiniste de valeur ! -, aux questions sociales, aux véritables valeurs de la vie, et en même temps d’un homme profondément croyant, nourri du message évangélique, au caractère ferme et cohérent, se passionnant au service des frères et brûlant d’une ardente charité qui le menait, selon un ordre de priorité absolue, aux côtés des pauvres et des malades. Le christianisme est joie. Pier Giorgio était d’une joie fascinante une joie qui surmontait tant de difficultés dans sa vie, car le moment de la jeunesse est toujours un moment d’épreuve de force6
En 1989, Jean-Paul II est venu prier sur sa tombe, à Pollone : «Je voulais rendre hommage à un jeune qui a su témoigner du Christ avec une efficacité particulière. Moi aussi, dans ma jeunesse, j’ai ressenti l’influence bénéfique de son exemple et, comme étudiant, je suis resté impressionné par la force de son témoignage chrétien.»
«Vous avez des modèles, dira-t-il, au Jubilé des sportifs, qui peuvent vous inspirer… Pier Giorgio Frassati, qui fut un jeune homme de notre temps, ouvert aux valeurs du sport – c’était un excellent alpiniste et un skieur expérimenté -, qui sut donner en même temps un courageux témoignage de générosité dans la foi chrétienne et dans la pratique de la charité envers le prochain, spécialement envers les plus pauvres et ceux qui souffrent le plus. Le Seigneur l’a rappelé à lui alors qu’il avait seulement vingt-quatre ans… Mais il est toujours bien vivant au milieu de nous avec son sourire et sa bonté. Pour inviter les jeunes à l’amour du Christ et à une vie vertueuse7
Le 20 mai 1990, enfin, il m’en souvient, sur la place Saint-Pierre inondée de soleil, une immense clameur joyeuse montre entre les deux bras de la colonnade du Bernin, lorsque apparaît sur la façade de la Basilique le portrait de Pier Giorgio, jeune alpiniste déclaré bienheureux par le pape Jean-Paul II, comme idéal de vie pour les jeunes qui l’acclament à tout rompre : «La puissance de l’esprit de vérité, uni au Christ, a fait de lui un témoin moderne de l’espérance qui jaillit de l’Évangile. La foi et la charité, véritables forces motrices de son existence, le rendirent actif dans le milieu dans lequel il vécut, en famille et à l’école à l’université et dans la société. Elles le transformèrent en apôtre du Christ, joyeux et enthousiaste… Le secret de son zèle apostolique et de sa sainteté doit être recherché dans l’itinéraire ascétique et spirituel qu’il a parcouru : dans la prière, dans l’adoration persévérante, même la nuit, du Saint-Sacrement, dans sa soif de la parole de Dieu, scrutée dans les textes bibliques ; dans l’acceptation sereine des difficultés de la vie, notamment familiale ; dans la chasteté vécue comme une discipline librement choisie en toute sérénité et sans compromis ; dans la prédilection quotidienne pour le silence et la normalité de l’existence… Le jeune Frassati le sait, l’expérimente, le vit. Dans son existence, la foi se confond avec la charité : solide dans la foi et pratiquant une charité effective, car « la foi sans les œuvres est stérile » (Jc 2,20).
Certes, au premier abord, le style de vie de Pier Giorgio Frassati, un jeune homme moderne, plein de dynamisme, ne présente pas grand-chose d’extraordinaire. Mais, c’est précisément cela qui fait l’originalité de sa vertu, qui invite à réfléchir et qui pousse à l’imitation. En lui, la foi et les événements quotidiens se fondent harmonieusement, si bien que l’adhésion à l’Évangile se traduit en attention amoureuse envers les pauvres et les nécessiteux, en un crescendo continu jusqu’aux derniers jours de la maladie qui le conduira à la mort. Le goût du beau et de l’art, la passion pour le sport et la montagne, l’attention accordée aux problèmes de la société n’empêchent pas son rapport constant avec l’Absolu. Sa journée terrestre peut être définie ainsi: toute plongée dans le mystère de Dieu et toute dédiée au service constant du prochain Sa vocation de laïc chrétien se réalisait à travers ses multiples engagements associatifs et politiques, dans une société en pleine fermentation, indifférente, voire hostile à l’Église… Il proclame par son exemple, qu’elle est bienheureuse, la vie conduite dans l’esprit du Christ, l’esprit des Béatitudes, et que seul celui qui devient homme des Béatitudes réussit à communiquer à ses frères l’amour et la paix… Il témoigne que la sainteté est possible pour tous et que seule la révolution de la charité peut allumer dans le cœur des hommes l’espérance d’un futur meilleur8

TÉMOIGNAGE DE KARL RAHNER
Le théologien Karl Rahner, avec la famille duquel Pier Giorgio a noué une amitié profonde quand son père était ambassadeur en Allemagne, en 1921, nous donne de lui ce précieux témoignage : «Ce qui impressionnait en Pier Giorgio, c’étaient sa pureté, sa joie rayonnante, sa piété, sa liberté d’enfant de Dieu envers tout ce qui en ce bas monde est beauté, son sens social, la conviction qu’il avait de partager la vie et le destin de l’Église ».
Mais ce qui étonnait le plus, c’est que tout ceci semblait en lui si naturel, et d’une spontanéité si chaude et virile. Sa foi n’avait aucune explication humaine.
Frassati n’était chrétien ni par réaction contre la génération libérale et anticléricale de ses parents ni pour je ne sais quel motif « culturel ».
Sa foi se nourrissait de la substance même du christianisme : Dieu existe, la prière est le levain de la vie, la fraternité universelle est la loi des relations humaines.
Et c’est ici qu’apparaît le caractère mystérieux, rebelle aux rigueurs de la logique, de la grâce divine : dans un milieu où le christianisme était considéré comme dépassé, voilà qu’apparaît un chrétien qui respire la joie de vivre, qui n’est sectaire en rien, qui vit son christianisme avec une spontanéité à vous faire presque peur. On n’aurait pu dire qu’il n’avait pas de problèmes. En réalité, il les a noyés, au prix de je ne sais quelles souffrances, dans la grâce de sa foi. En bref, c’était un homme de prière, un homme qui se nourrissait tous les jours du pain de la mort et de la vie, un homme dévoré par l’amour de ses frères.»
«NOUS FERONS EN LUI NOTRE DEMEURE»
Comme la petite Bakhita, le jeune Pier Giorgio Frassati a beaucoup aimé le monde créé par Dieu, les merveilles de la nature, les montagnes en particulier qui l’attirent vers le sommet. Sachons, nous aussi, retrouver cet émerveillement pour la création, et cette perle, ce chef-d’œuvre de la création qu’est l’homme, créé à son image et à sa ressemblance. Que les yeux de Dieu pour que les yeux de notre âme, avec Bakhita et Pier Giorgio Frassati, se tournent vers le monde intérieur et invisible où se reflète la lumière du Verbe, fils de Dieu et de la Vierge Marie, «qui illumine tout homme9». «Si quelqu’un m’aime, nous dit Jésus, il gardera ma parole, mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure10
Pier Giorgio Frassati est l’homme intérieur aimé du Père qu’il a beaucoup aimé, et il est l’homme de notre siècle, l’homme « moderne », l’homme qui a tant aimé. L’amour n’est-il pas le bien le plus nécessaire à l’aube du IIIe millénaire ? Cet amour au cœur de toutes les cultures qui les conduit de leur irrémédiable finitude à leur plénitude révélée en Jésus-Christ, source inépuisable d’amour pour tous les hommes.
«Le jeune Frassati est un maître à suivre… La prière et la contemplation, le silence et la pratique des sacrements donnent substance et force aux multiples formes d’apostolat, et toute l’existence, vivifiée par l’Esprit-Saint, se transforme en aventure merveilleuse11

L’INSOUMISSION DE LA JEUNESSE
Souvent, par idéal, les jeunes se révoltent contre le monde actuel dont ils ressentent mieux que quiconque l’absence d’âme. Ce n’est pas seulement d’un supplément d’âme dont nous avons besoin, comme déjà le philosophe Henri Bergson le percevait avec acuité au début d’un siècle marqué par le progrès technique, aujourd’hui, c’est de retrouver l’âme même de notre vie, de notre existence. C’est la question même que nous posait Maurice Blondel, évoquée voici quinze jours : «Oui ou non, la vie humaine a-t-elle un sens ?» Une culture technique et mercantile qui réduit l’homme à n’être qu’unidimensionnel, producteur et consommateur, atrophie l’être humain en le privant de sa dimension profonde qui est spirituelle. Pier Giorgio Frassati a su trouver un sens à sa vie, comme Mère Teresa, en la nourrissant du Christ adoré dans l’Eucharistie et servi dans les pauvres. Il a trouvé la joie et l’a partagée dans l’amitié, comme en témoignent ses nombreuses lettres à son ami Isidoro Bonini : «Vivre sans la foi, lui écrit-il le 27 février 1925, sans un patrimoine à défendre, sans soutenir, dans une lutte continue, la vérité, ce n’est pas vivre, mais végéter. Nous, nous ne devons jamais végéter, mais vivre.» Partager l’idéal de Pier Giorgio Frassati et suivre son exemple, c’est trouver un sens à sa vie, c’est croire, espérer et aimer. Devenir disciple du Christ comme lui, c’est partager sa joie jusqu’à l’héroïsme de la sainteté, selon les dix commandements de la joie du cher père Courtois – le fondateur des Cœurs Vaillants, qui m’accueillait naguère à Rome – et que Mère Teresa aimait à redire :
La joie à Dieu demanderas chaque matin fidèlement. En ton cœur tu te rediras : Dieu qui m’aime est toujours présent. En répandant partout la joie, tu l’auras pour toi sûrement.
«La joie, écrivait Paul Claudel, c’est le premier et le dernier mot de l’Évangile12

LA SAINTETÉ EST TOUJOURS JEUNE
C’est le message exigeant et exaltant tout à la fois de Pier Giorgio Frassati : le Christ, joie pour les hommes et, en particulier, pour les jeunes désireux de donner un sens à leur vie, de vivre comme lui dans la joie de l’amitié partagée, dans le partage vrai, humble et généreux, avec ceux qui nous entourent, en particulier les plus déshérités, qui ont faim de pain, et soif surtout d’amour, cet amour qui animait Mère Teresa. Amour partagé, amour multiplié. C’était l’amour qui animait Jean de la Croix, le grand mystique espagnol : «Là où il n’y a pas d’amour, sème de l’amour, et tu récolteras de l’amour.»
C’est le secret du rayonnement du jeune Pier Giorgio Frassati que Jean-Paul II a voulu faire partager avec les jeunes à Toronto en juillet dernier:
«Chers jeunes, je vous confie mon espérance. Vous êtes les hommes et les femmes de demain. Dans vos cœurs et dans vos mains, l’avenir est contenu. À vous, Dieu confie la tâche difficile, mais exaltante, de collaborer avec lui pour édifier la civilisation de l’amour. N’attendez pas d’être plus âgés pour vous engager dans la voie de la sainteté. La sainteté est toujours jeune, comme est éternelle la jeunesse de Dieu. Faites connaître à tous la beauté de la rencontre avec Dieu qui donne sens à votre existence. Même une petite flamme qui vacille soulève le lourd manteau de la nuit13
Message du vieux pape exténué et inlassable, qui relaie le message du jeune sportif dont les grands yeux noirs illuminaient le visage irradiant de lumière et rayonnant la joie du Christ, quand il domptait le cheval fougueux de son père, ou partait à l’assaut des sommets enneigés.
Que serait notre vie sans espérance ? Et que serait l’espérance sans notre foi ?
Que ce soit notre prière : Ô Père, Tu as donné à notre jeune frère Pier Giorgio Frassati la joie de rencontrer le Christ et de vivre avec cohérence sa foi au service des pauvres et des malades. Aujourd’hui, tu nous parles par ce disciple généreux.
Par son intercession, obtiens-nous la grâce de monter comme lui le long des sentiers escarpés des Béatitudes évangéliques et d’imiter sa générosité sans limites pour vivre avec foi et avec joie l’Évangile à l’aube du nouveau millénaire comme la Bonne Nouvelle, source d’amour pour tous, qui ouvre à tous un avenir d’espérance.
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1.           JEAN-PAUL II, «Message aux jeunes du monde pour la XVIIe JMJ 2002», 25 juillet 2001, in Documentation catholique, 2 et 6 septembre 2001, no 2254, pp. 767-769.
2.           Luciana FRASSATI, Pier Giorgio FrassatiLes jours de sa vie, Le Sarment/Fayard, 1990; cf. aussi Roberto FALCIOLA et Antonio LABANCA, Conosci Pier Giorgio Frassati, Ave, Torino, 1998, avec des écrits tirés de ses Lettere (1906-1925), a cura di Luciana FRASSATI, Vita e Pensiero, Turin, 1995.
3.           2 Co 12, 9.
4.           SOLJENITSYNE, L’Archipel du goulag, t. II, Seuil, 1974, p. 170.
5.           27 mars 1977.
6.           13 avril 1980.
7.           Rome, 12 avril 1984.
8.           JEAN-PAUL II, «Homélie de la béatification de Pier Giorgio Frassati», Osservatore Romano, 21 mai 1990.
9.           Cf. Jn 1, 9.
10.       Jn 14, 23.
11.       JEAN-PAUL II, «Homélie», op. cit.
12.       Cf. Paul POUPARD, Le Christianisme à l’aube du IIIe millénaire, Plon-Mame, 1999, p. 248.
13.       Cf. Documentation catholique, t. XCIX, no 2275, pp. 713-735, JMJ Toronto, 4 et 18 août 2002.